Blog personnel où j'aborde des sujets qui m'intéressent, parfois liés à l'actualité, parfois de fond, ou encore simplement suggérés par les innombrables soubresauts qui jalonnent notre passage à tous sur cette terre

mardi, février 21, 2006

Métiers ingrats

A l'approche de mon entrée sur le marché du travail, je deviens de plus en plus sensible à l'image que revoient certaines professions (voir mon précédent post) auprès du grand public. Non que je me soucie personnellement de ce que les gens peuvent penser du métier que j'ai choisi, là n'est pas le problème, mais je pense qu'à l'époque ou tout un pan de la jeunesse rêve de travailler dans le show bizz ou la mode, d'autres métiers qu'on peut raisonnablement juger plus utiles à la société deviennent pratiquement ingrats à exercer.

J'ai été choqué denièrement par le pilori médiatique réservé aux juges d'instruction et même à la profession de juge dans son ensemble, en réaction à un dérapage certes dramatique (l'affaire d'Outreau), mais à mon sens inéluctable et même prévisible au vu de la dégradation continue des conditions d'exercice du métier de juge aujourd'hui en France. Peut-on raisonnablement exiger d'un juge, jeune et inexpérimenté de sucroît, malgré une solide préparation théorique à l'école de la magistrature, d'enchaîner les dossiers à un rythme aussi infernal que celui imposé aujourd'hui à la plupart des parquets?

Décidemment, je blâme mes parents de ne pas m'avoir fait tourner dans des pubs pour couches culotte quand j'étais bébé, j'aurais au moins eu une chance de devenir une star de hollywood à l'heure qu'il est, et de bénéficier d'un rapport pénibilité du travail/salaire un tantinet plus avantageux que ce à quoi je peux m'attendre dans un proche avenir! J'avoue au passage que la perspective de faire se pâmer les demoiselles à la seule vue de mes posters n'est pas pour me déplaire ;)) Difficile d'obtenir le même résultat en discourant sur les applications de la théorie des équations différentielles à la conception de crèmes rajeunissantes..insuccès que je ne comprends même pas, les filles sont sensées être obserdées par leur désir de rester jeunes!

mardi, février 14, 2006

Coup de gueule

Il y a une chose qui m'énerve plus que tout, c'est d'être pris pour un monstre froid et dénué de sentiments, à chaque fois qu'au détour d'une conversation on me demande ce que je fais et que j'ai l'honnêteté de répondre : "je fais une école d'ingé"!

Je ne nie aucunement le fait je présente un certain nombre de traits caractéristiques de la population d'ingénieurs, et comment y échapper quand on a passé tant d'années en marge du monde réel? mais de là à être tout entier réduit à une fonction, cela me révolte. Quelle étroitesse d'esprit!

Alors en cette période délicate de St Valentin, je me plis à un excercice d'auto-critique, et je publie un post (voir le blog) sur lequel je suis tombé au hasard de mes errances sur internet. L'auteur y explique pourquoi il déconseille à ses copines célibataires de sortir avec des ingénieurs :

J’ai quelques bonnes copines célibataires ; il y a quelques jours, Chloe m’annonce qu’elle sort avec un mec.

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Génial ! Et qu’est-ce qu’il fait ?
- Eh bien il est ingénieur, il vient d’entrer chez BQFT (Boîte Qui Fait de la Technologie)
- Ah.

Et merde… un ingénieur… j’aurais dû la prévenir : il ne faut jamais sortir avec un ingénieur !
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On va dire que j’ai une dent contre les ingénieurs... C’est radicalement faux. Je les aime bien, moi, ces gars-là, ils ne sont pas bien méchants, ne gênent pas trop, on peut facilement en mettre plusieurs dans un salon sans perturber la soirée. Ils sont gentils et ne te font pas souvent de l’ombre vis-à-vis des filles.
En fait, je les plains, au fond.
C’est vrai, quoi, essayez un peu d’imaginer ce qu’ils ont enduré dans leur vie :
Vous prenez un garçon normal, au lycée, comme tous les garçons, avec sa petite vie, son foot, ses potes. Il n’est pas malheureux. Bon évidemment il a déjà quelques légers symptômes : il est fort en maths, il est le seul à savoir programmer sa calculette, mais enfin jusque-là tout va bien. Eh bien ce pauvre garçon, nous allons tenter une cruelle expérience de sciences naturelles sur lui.
Protocole d'expérimentation
A 18 ans, avec le Bac S en poche et quelques amourettes (ah, l’été de ses 18 ans… qui peut oublier ça ?), vous le retirez subitement de son écosystème naturel. Vous le placez dans un environnement confiné, avec une très forte concentration de ses congénères : la classe prépa. Et vous infligez de violentes doses de stress, répétées et prolongées, à cette sous-population cobaye.
Il est prouvé que dans de telles conditions, même les rats de laboratoire deviennent nerveux, agressifs, sont perturbés au niveau alimentaire et hormonal. Alors des jeunes garçons de 18 ans…
18 ans, bon sang, c’est l’âge le plus chouette de la vie, où l’on est en pleine forme, où l’on a tout pour être joyeux et insouciant ! C’est l’âge critique où l’on commence à former ses expériences, qui détermineront fortement nos comportements d’adultes. Et notamment face aux filles.
Mais ces jeunes, au nom de la science, c’est-à-dire un corpus de quelques atomes tordus et deux-trois borborygmes mathématiques, on les prive complètement de leur développement, à l’âge où il est le plus important ! C’est comme mettre une plante au placard dès qu’elle sort de terre ! De 18 à 21 ans, vous l’enfermez donc pendant que les autres garçons poussent au soleil, gorgés de rires et de jolies filles.
L'école d'ingénieurs
Une fois affecté dans son développement, vous avez créé un état hybride : ce n’est plus tout à fait un jeune mâle, déjà il commence à développer des pathologies classiquement connues (addiction au PC, jeux de rôles, fanatisme pour Star Wars, lubricité intravertie…).
Il est donc mûr pour être implanté dans le terreau que vous avez choisi : l’école d’ingénieurs. Concrètement, il s’agit maintenant de séparer les bons hybrides des mauvais, afin d’obtenir des classes aussi homogènes que possible.
La pression se relâche, le plus dur est fait : on a passé la prépa. Le nouvel univers est donc un paradis terrestre. Qu’importe si le paradis ne contient aucune fille (ou alors des hybrides légèrement déféminisées pour ne pas perturber le milieu) et aucune ouverture sur le monde réel, s’il s’agit d’une liberté conditionnelle, d’une cage dorée : cela ira bien.
Ce n’est pas pour rien que les écoles scientifiques affectionnent le modèle du campus : c’est le seul qui leur permette de bien isoler leurs élèves du "real world". Un peu comme une secte, cela leur permet de transmettre sans remise en cause possible les idéologies séculaires : la science est la matrice du Tout, la Vérité incontournable de toute chose, et le scientifique est son Prophète. Le monde extérieur est rempli de mécréants, et pire, de commerciaux.

Une fois encore, mais c'est devenu parfaitement normal, il n'y a que des hommes entre eux. Soirées entre mecs, dîners entre mecs, week-ends d'intégration entre mecs, bières entre mecs, délires entre mecs... Quand on n'a rien à baiser, c'est bien connu, on picole plus, et même de plus en plus. Et puis on peut faire des blagues graveleuses entre deux mines et un vomi, sans se douter que dans le "real world", cela peut rebuter les filles. Mais putain, qu'est-ce qu'on rigole entre mecs !



La vie réelle débute...
Tout finit un jour : la période dorée de l'école d'ingénieurs aussi. Notre hybride a poussé, c'est maintenant un beau mutant adulte, et il est temps de le regarder partir sur les sentiers de la vie...
Que va-t-il faire ? Eh bien il va se trouver un bon job, parce que, croyez-le ou non, en 3 ans de bitures et de conneries entre couilles, il est tout de même devenu un scientifique de bon niveau (peut-être par le système de perfusion cérébrale, la nuit...)

Il va donc pouvoir entrer dans une belle boîte d'ingénieurs : Thomson, Thales, EADS, Airbus, Renault, IBM... Des entreprises qui ressemblent furieusement à son milieu d'origine : que des mecs, que des ingénieurs, toujours pas d'ouverture sur le "real world". Bon il y a bien quelques commerciaux, des béotiens qui ne comprennent rien à la Science et qui parlent de "profits" (de quoi ?).



Le problème, maintenant, ça va être de se trouver une femme : c'est généralement là qu'ils commencent à craquer. On leur a tout appris, ils ont résolu les problèmes les plus inextricables, et ils butent sur une problématique simple à variables limitées : comment séduire une fille ?

Aucune idée... ! Ils n'en ont jamais vu en vrai. Ca ne réagit pas pareil, ça ne se biture pas en rigolant grassement, comment adopter un langage commun ?? Comment faire ? Elles ne rigolent même pas quand on leur vomit dessus ! Tout d'un coup, l'ingénieur, qui planait si bien dans les sphères intellectuelles de la science se trouve maladroit et balourd. Un peu comme l'Albatros de Baudelaire, vous souvenez-vous ?

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait
!

Complètement désemparés, ils découvrent avec horreur, et trop tard ! que tout ce qu'on leur a appris était à côté de la plaque, que la loi se fait dans le "real world" et pas dans leurs mondes imaginaires et quantiques.

Il ne reste quasiment pas d'issue : soit rester dans ce monde brutal et accepter d'y être un mutant décalé, soit s'enfermer seul dans un monde virtuel dont on sera le héros.

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Moralité : que croyez-vous qu'il est arrivé à ma copine Chloe ?

Après quelques tête-à-têtes charmants et prometteurs, elle a accompagné son nouveau chéri dans des soirées entre potes. Plusieurs fois d'affilée, avec une patience d'ange, elle a soulevé et ramené le scientifique, déchiré par les whiskys-coca, jusque dans son lit. Plusieurs mois d'affilée, elle a attendu qu'il finisse de tripoter son ordinateur, tard dans la nuit, pour avoir son câlin.

Et puis un jour, elle s'est barrée en décrétant qu'il ne comprenait rien aux femmes.

Nouveaux Titans

Pas un jour ne passe sans que les médias ne se fassent l'écho de la montée en puissance des nouveaux champions de la croissance économique (avec en tête de file la Chine, l'Inde et la Russie), créant un pénible sentiment de menace chez les lecteurs des pays au développement économique déjà établi.

On ne peut reprocher à ces mêmes médias de se pencher sur un phénomène d'actualité , on peut tout juste s'étonner de la popularité soudaine du thème, alors que le mouvement consciencieusement scruté aujourd'hui s'est amorcé depuis une dizaine d'année au moins. Or "le présent n'est qu'une superposition de passés" comme l'a joliment exprimé Einstein (il est bien commode celui-là, même post-mortem, on sollicite ses bonnes paroles à tout bout de champs, même totalement sorties de leur contexte.. ben quoi, moi au moins j'ai l'honnêteté de l'avouer! ) et ce qui se passe aujourd'hui est parfaitement logique au vu des efforts conséquents consentis par les nouveaux dragons pour rejoindre le peloton de tête de l'économie mondiale.

Le tapage médiatique autour de l'affaire de l'OPA de Mittal Steel sur Arcelor illustre parfaitement mes propos. Que de pages ont été noircies sur ce sujet depuis quelques semaines sur les centaines d'articles noircis sur ce sujet, combien de journalistes ont eu l'honnêteté intellectuelle de préciser que Mittal Steel est une société de droit hollandais, dirigée depuis Londres? Or, aucun n'a omis de préciser la nationalité du dirigeant du géant de l'acier, comme pour sous entendre que si par malheur Arcelor tombait entre les griffes du prédateur indien, celui-ci imposerait des méthodes choquantes, puisqu' un top management indien ne saurait être "civilisé"! Mais peut-on seulement pénétrer les pensées d'un homme d'affaires, parmi les plus doués de sa génération, 3ème fortune mondiale après Bill Gates et Warren Buffet, qui, partant d'un modeste business familial, est parvenu à construire le n°1 mondial de l'acier ?

Plus critiquable encore : la levée de bouclier généralisée provoquée par l'annonce de l'OPA, au motif principal que l'acheteur est étranger, bien que l'offre constitue une occasion unique pour l'Europe de se doter d'un champion de l'acier, marché grandement convoité car offrant des perspectives alléchantes au vue de l'appétit grandissant de la chine et de l'inde en autres..

Ce braquage injustifié, ressemble fort à un aveux d'impuissance. Plutôt que de gaspiller son temps et son énergie à scruter la venue d'un ennemi fantasmagorique, il serait plus sage d'affûter ses champions, car on sait depuis SunTzu que la meilleure défense reste l'attaque..

dimanche, février 12, 2006

Une petite blague

Illustration des rapports souvent conflictuels entre managers à culture techniciste, et ceux à culture plutôt "autocratique" :

Un homme, dans la nacelle d’une montgolfière, ne sait plus où il se trouve. Il descend et aperçoit une femme au sol. Il descend encore plus bas et l’interpelle :
_ «Excusez-moi ! Pouvez-vous m’aider ? J’avais promis à un ami de le rencontrer et j’ai déjà une heure de retard car je ne sais plus où je me trouve. »
La femme au sol répond :
_ « Vous êtes dans la nacelle d’un ballon à air chaud à environ 10 m du sol. Vous vous trouvez exactement à 49°, 28’ et 11’’ Nord et 8°, 25’ et 58’’ Est ».
_ «Vous devez être ingénieur» dit l’aérostier.
_ «Je le suis, répond la femme. Comment avez-vous deviné ?»
_ «Eh bien, dit l’aérostier, tout ce que vous m’avez dit à l’air techniquement parfaitement correct, mais je n’ai pas la moindre idée de ce que je peux faire de vos informations et, en fait, je ne sais toujours pas où je me trouve. Pour parler ouvertement, vous ne m’avez été d’aucune aide. Pire, vous avez encore retardé mon voyage.»
La femme lui répond :
_ «Vous devez être un «top manager».»
_ «Oui,» répond l’homme avec fierté. «Mais comment avez-vous deviné ?»
_ «Eh bien, dit la femme, vous ne savez ni où vous êtes, ni où vous allez. Vous avez atteint votre position actuelle en chauffant et en brassant une énorme quantité d’air. Vous avez fait une promesse sans avoir la moindre idée de comment vous pourriez la tenir et vous comptez maintenant sur les gens situés en dessous de vous pour qu’ils résolvent votre problème. Votre situation avant et après notre rencontre n’a pas changé, mais comme par hasard, c’est moi maintenant qui, à vos yeux, en suis responsable !



mercredi, février 01, 2006

Culte des Gourous

Difficile de résister à la tentation de commenter le départ du président de la Federal Reserve, la banque centrale américaine.

Je ne peux m'empêcher de sourire à la lecture de l'abondante prose élogieuse parue ces jours-ci dans les journaux du monde entier, en hommage à celui qui mena la politique monétaire américaine pendant 18 ans d'affilé. Morceau choisi :
Le sénateur John McCain adversaire de George W. Bush pour l'investiture républicaine à la présidentielle doit répondre à la question d'un journaliste facétieux. "Que ferais-je si M. Greenspan devait mourir ? Dieu nous en garde ! [Mais alors], je lui mettrais une paire de lunettes de soleil et le maintiendrais droit, bien assis à son bureau, aussi longtemps que possible."
Personnellement, cela ne me déplairais qu'on en dise autant sur mon compte :))

Mais l'hommage est d'autant plus flatteur que l'homme ne se destinait aucunement à une carrière d'économiste : ce n'est que quand il comprit qu'il n'aura jamais la carrière de musicien dont il rêvait qu'il s'est inscrit en cours de finance à l'université, et qu'il se lança dans une carrière de consultant, où il brilla rapidement.

Avant de faire un procès d'intention à tous ceux (en fait la quasi totalité du petit monde de la finance de marché), qui tout au long de ce long règne, ont voué un culte quasi religieux au personnage, surnommé l'Oracle justement pour sa faculté à mystifier les foules des marchés par ses discours millimétrés, jugeons par les faits : d'un côté une inflation et un chômage virtueusement contenus, des crises financières et des faillites habilement amorties, une croissance vigoureuse et soutenue..les chiffres sont flatteurs, le style, inimitable. De l'autre, des déficits publics qui échappent complaisamment au contrôle du gouvernement américain, et surtout, une bulle immobilière qui enfle et qui menace si elle éclate, d'entrainer des pans entiers de l'économie mondiale.

Pour en revenir au titre, ce que je trouve fascinant dans tout ça, c'est la manière dont un simple mortel accède au statut -forcément irrationnel à mon sens, aussi brillant soit-il- de gourou : quel est le plus petit dénominateur commun entre tous les gourous (politiques, académiques, ou autres) ? par quel subtil mécanisme se soumet-on (inconsciemment?) à leur emprise ? le jour où je le saurais, vous aurez mes réponses de la bouche de mon chargé de relations publiques ;))